Nous avons décidé de nous lancer dans la mise en œuvre du projet cartographie participative à Colombie et Chekepatty (septembre 2019) en faisant preuve d’humilité : peut-être que ce projet n’allait pas trouver écho auprès des habitant·e·s, peut-être qu’aucune analyse intéressante n’allait sortir de la collecte de données, peut-être que la carte n’est, finalement, pas le bon outil pour nous accompagner dans notre plaidoyer pour une meilleure prise en compte des quartiers spontanés dans les politiques de la ville.

On pouvait adopter cette posture d’humilité d’abord parce que le Maroni Lab est un laboratoire d’expérimentations urbaines, ce qui nous permet de justifier quelques échecs, pour peu qu’on en tire des leçons intéressantes. Ensuite, ce projet nous plaçait dans la position de l’apprenant, ce qui induit une certaine forme d’humilité : nous avons été accompagné·e·s par CartONG qui devait, en plus de nous appuyer sur la mise en œuvre du projet, nous former à la méthodologie de cartographie participative. On s’apprêtait donc à dérouler une méthodologie qu’on ne maîtrisait pas sur un territoire où elle n’avait jamais été éprouvée.

cartographie participative saint laurent du maroni

De ce projet, qui a duré plus de deux mois entre le démarrage de la phase de prospection et le moment où nous avons finalisé les cartes (sans compter les restitutions publiques qui auront lieu en décembre), nous avons dressé quelques conclusions :

  • La phase de « prospection » en amont de la phase opérationnelle est indispensable, mais elle est très consommatrice en temps et en énergie. Carlos, le médiateur du Maroni Lab, a passé un mois à arpenter les deux quartiers pour faire connaître l’association et le projet, donner envie aux gens de participer et surtout faire en sorte qu’ils·elles ne nous oublient pas et qu’ils·elles soient bien là le jour J ! Nous avons aussi organisé une réunion publique d’information dans chaque quartier. Finalement, avec un objectif de 20 participant·e·s par atelier, nous avons passé un mois à faire de la sensibilisation et touché environ 200 personnes. Malgré tout, cette présence quasi quotidienne à Chekepatty et Colombie a été indispensable à la réussite du projet, elle permet de créer un lien avec les habitant·e·s, de les faire adhérer à la démarche et de donner de la légitimité au projet.
  • Même si nous arrivions avec notre regard de « technicien·ne·s » sur les atouts et les contraintes des quartiers ciblés, nous avions décidé de ne pas définir à l’avance les éléments que nous allions cartographier et qui feraient donc l’objet de la collecte de données par les participant·e·s. Un des objectifs du premier jour d’atelier était de déterminer avec eux·elles les informations qu’ils·elles souhaitaient faire remonter à travers les cartes que nous allions élaborer (définir notre modèle de données). On avait fait le choix de partir de deux questions très simples puis d’en tirer les fils : quels sont les atouts de votre quartier, les éléments qu’il faudrait conserver et valoriser ? quels aspects du quartier souhaitez-vous voir améliorer ? Cela demandait un effort de visualisation que nous avons eu du mal à faire en salle et nous avons du beaucoup (trop) accompagner les participant·e·s là-dessus, ce qui a rendu moins pertinent le fait d’avoir décidé de leur laisser le choix des éléments à cartographier. Pour le prochain atelier, on fera sûrement cet exercice en les envoyant sur le terrain avec la consigne de regarder autour d’eux·elles et de noter ce qui contribue à la qualité du quartier, et ce qui pose problème.
  • La carte EST un outil parlant et particulièrement pertinent pour les quartiers spontanés. En effet, les cartes élaborées se sont avérées être de bons supports visuels pour mettre en lumière les enjeux des différents quartiers. Cet aspect très visuel en fait de bons supports pédagogiques auprès des habitant·e·s qui prennent ainsi de la hauteur par rapport à leurs contraintes quotidiennes en les contextualisant à l’échelle du quartier et de la ville et en prenant conscience des contraintes que peut représenter l’aménagement d’un quartier. Au niveau institutionnel, la carte est un outil maîtrisé et son utilité n’a pas été remise en cause lors de nos restitutions. De plus, en ciblant des quartiers spontanés, le projet avait deux enjeux supplémentaires : celui de donner de la visibilité à ces quartiers, de les placer sur la carte de Saint-Laurent, et celui de permettre aux participant·e·s et habitant·e·s des quartiers de prendre conscience de leur place légitime en tant qu’habitant·e·s et citoyen·ne·s de Saint-Laurent du Maroni.
  • … Le projet ne fait que commencer : Finalement, le plus dur reste à faire ! Les quartiers spontanés que nous avons cartographiés sont en constante évolution : il faut que nous soyons capables de tenir à jour notre base de données et d’actualiser régulièrement les cartes. Par ailleurs, l’idée à terme serait de tenir un atlas des quartiers spontanés, on aimerait donc pouvoir répliquer l’expérience sur d’autres terrains. Enfin, il s’agit bien évidemment maintenant d’EXPLOITER ces cartes et d’en tirer la possibilité de mener des actions concrètes adaptées aux réalités des habitant·e·s.

POUR ALLER PLUS LOIN :

Consulter la page dédiée au projet cartographie participative

Allez lire le bilan que fait CartONG de ce projet mené avec le Maroni Lab à Saint-Laurent du Maroni.

Découvrez la carte openstreetmap de Saint-Laurent du Maroni actualisée suite au projet

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