Pression sur les espaces à la marge…

A Saint-Laurent du Maroni, entre 15 et 20 000 personnes habitent dans un quartier d’habitat spontané. Au Maroni Lab, nous connaissons bien Chekepatty et Colombie, dans lesquels vivent environ 3000 et 2500 personnes respectivement. Ces quartiers sont mal intégrés à la trame urbaine car ils ne sont pas connectés aux réseaux urbains (eau, électricité, assainissement) et l’absence de transports en commun tend à isoler encore davantage leurs habitants. Néanmoins, ils sont situés dans la ville et non pas en périphérie, et ont pour voisinage direct des quartiers formels, des écoles, des équipements publics. Il y a donc un point d’échange intéressant qui se créé, des espaces à la lisière du formel et de l’informel qui peuvent subir une forte pression du fait de l’absence de services publics dans les quartiers spontanés.

L’exemple du ramassage des ordures ménagères

On pense avant tout au problème du ramassage des ordures ménagères qui ne dessert pas les quartiers spontanés, bien que leurs habitants aient évidemment besoin de les évacuer. Les poubelles sont donc déposées là où le camion fini sa course avant de faire demi-tour, sur un territoire où l’urbanisation s’est faite de manière formelle (en opposition à l’urbanisation spontanée) qui est quadrillé par les services publics, mais à laurée de l’informalité.

A Saint-Laurent du Maroni, trois exemples nous viennent en tête :

  • A Chekepatty, dans le secteur de Baka Awara, les habitants déposent leurs poubelles allée Bélimbi, à la sortie du quartier, faute d’avoir le camion qui y pénètre. Cela a créé des problèmes de voisinage importants, car le propriétaire de la maison située à cet endroit, estime que cela apporte des nuisances : obstruction de son portail d’entrée, pollution visuelle, problèmes sanitaires, etc.
  • A Colombie, le scénario est sensiblement le même : les habitants d’un des secteurs du quartier déposent leurs poubelles à un des points d’entrée et de sortie, accessible aux camions poubelles. Cependant, il y a une école à proximité, ce qui créé également des nuisances d’ordre sanitaire, d’autant plus préoccupantes que l’établissement accueille des enfants. La tension est importante également avec le quartier résidentiel à proximité qui subit les mauvaises odeurs.
  • Faute de bénéficier du ramassage des ordures, les habitants du quartier haïtien situé sur la route de Cayenne ont pris l’habitude de déposer leurs poubelles à l’entrée du quartier, ce qui encombre la piste cyclable. Celle-ci est devenue impraticable, obligeant les cyclistes à rouler sur la route, parfois à contre-sens, et à un endroit où la limite de vitesse est de 70km/h. Finalement, face aux nuisances, il semblerait que la CCOG ait récemment déplacé le lieu de collecte qui se fait à présent à l’intérieur du quartier.

déchets à Colombie

A la sortie de Colombie, au niveau du lotissement Carrière. Une dalle sanitaire a été coulée mais les bennes de la CCOG n’ont jamais été apportées. A Chekepatty et au niveau du quartier haïtien, la CCOG a mis des bennes de 750L à disposition et certains ménages disposent de leur propre poubelle.

Il existe des cas similaires avec d’autres types de services publics : l’eau et l’électricité qui sont détournées des quartiers formels, les espaces de jeux pour enfants ou encore l’utilisation des routes.

Quelle réponse apporter aux pressions qui s’exercent sur ces espaces à la marge à cause de l’absence de services publics dans les quartiers d’habitat spontané ?

La solution apportée pour le ramassage des ordures dans le quartier haïtien semble être la bonne : il convient en effet de réfléchir à des moyens alternatifs d’apporter les services publics dans ces quartiers. Peut-être moins chers et moins contraignants pour l’Etat, comme un espace dédié au ramassage des ordures à l’intérieur du quartier qui ne remplace certes pas un ramassage à domicile, mais qui permet d’apporter une solution à un problème et de reconnaître le droit à ses habitants de de bénéficier des services publics.

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